fsia n'avait pas tressailli sous l'insulte, et lorsque le pied de Mansour la frappa sur les hanches, elle resta courbée; mais entendant le craquement de l'arme, elle se dressa et bondit sur lui.
—Ne le tue pas, cria-t-elle, ne le tue pas, je ne veux pas que tu le tues.
Elle pesait de toutes ses forces sur sa poitrine, essayant de saisir le fusil, plongeant, ayant banni toute honte, ses yeux terrifiés et suppliants dans ses yeux durs et secs.
—Ah! tu crains pour sa vie!
—Tue-moi. C'est moi qui ai ouvert, c'est moi qui ai agité mon haïk, et il a cru qu'il fallait venir. Tue-moi, c'est ma faute; c'est moi qui ai tout fait. Oh! si tu m'as aimée, tue-moi.
Il la regardait et ses yeux brillaient d'un éclat farouche.
—Comme tu l'aimes! dit-il.
—Non, je ne l'aime pas, je ne le connais pas; mais, c'est moi qui suis coupable et je ne veux pas que tu le tues.
—Toi coupable! Toi! Allah Kebir! Allah Kebir! C'était écrit. La tête du fort est courbée sous la main implacable. Les vieux me l'ont dit aux jours de ma jeunesse: «Ame pour âme, œil pour œil, dent pour dent, blessure pour blessure.» Celles du cœur comptent double; car elles ne guérissent plus; c'est le cœur que j'ai frappé jadis, je suis puni. C'est justice. Rassure-toi pour la vie de l'homme. Sa vie, il y a quatorze ans que je la lui ai promise, je l'ai juré sur ton berceau. Par la fosse ouverte au bout de la route humaine, et où, grands ou petits, heureux ou misérables, voleurs ou dupes, nous serons tous couchés, la fortune qui m'a trop longtemps caressé, me brise aujourd'hui. Elle a placé sur mes pas mon maître, elle a dressé, pour me barrer le chemin, un plus habile et plus fort, je dois le saluer, oui, je me souviens, et l'appeler Seigneur!