l se glissa dans les orges hautes, se traçant un sillon jusqu'en face de la tente de son père, et là, étendu sur la terre chaude, il attachait sur la belle Meryem ses regards ardents. Il suivait ses mouvements lents et onduleux, et dans la pénombre, sous le haik de soie blanche, elle lui semblait, dépouillée de sa robe, vêtue de lumière. Bientôt il la vit se coucher sur la fraîche natte d'alpha, il distingua vaguement, sous le frêle tissu de gaze, les harmonieux contours embellis et ensoleillés par la surexcitation de ses désirs.

Le dur et chaud contact de la vieille nourrice lui caressait la poitrine, tandis que les rayons du père de l'universelle vie tombaient comme des flammes sur sa tête exaltée. Des atomes embrasés scintillaient dans l'air et des fourmillements silencieux s'agitaient dans les gerbes. Les pierres qu'il touchait brûlaient ses jambes et il lui semblait entendre autour de lui des tressaillements et des soupirs. La terre en rut se fécondait sous les embrassements du soleil. L'incendie gagnait ses sens, il se dressa tout d'un coup, et, après avoir hésité quelques secondes, son long bâton de pasteur à la main, il marcha vers la tente.

Au bruit, si léger qu'il fût, de son pied nu sur la terre sèche, Meryem releva brusquement la tête et, ramenant en toute hâte ses haiks sur le moustiquaire qui seul la couvrait, lui cria courroucée:

—Que viens-tu faire? Va-t-en! Va-t-en!

—Pourquoi te fâches-tu, Meryem? dit-il, humilié d'être de la sorte reçu. J'ai soif et je venais prendre une settla de lait aigre.

—Il n'y a pas de lait; va-t-en!

Il regarda ses épaules, ses bras, son cou, avec de furieuses envies d'y rassasier ses lèvres; mais l'œil brillant de colère l'arrêta et il sortit se dirigeant vers la tente des hôtes.

Les hommes étaient toujours là, discutant sur la redoutable question subitement dressée comme un cauchemar dans leur vie paisible et calme.

On avait relevé les bords de la grande tente jusqu'à hauteur de poitrine, afin que l'air pénétrât de tous côtés et que chacun eût sa part d'ombre. Mais beaucoup restaient au soleil. La sueur coulait de leur front cuivré, descendant par les plis profonds des joues sur leur barbe noire et symétriquement taillée. Mais ils ne sentaient ni la chaleur ni la soif, tout entiers à la funeste menace.