Ch. Canivet.
Courrier du Soir (28 novembre 1880).
En Algérie, les passions sont violentes; l'amour est fougueux; si nous ne le savions pas, le livre de M. Hector France nous l'apprendrait. Des mœurs âpres, des caractères impétueux, des scènes poignantes, voilà ce que nous offre ce livre, à chaque page. Certains tableaux ont une couleur brutale, toute primitive, dont la Bible seule nous donne l'équivalent. Telle est la vie au désert, au «pays bleu» où M. Hector France nous conduit. L'amour italien, tel que Stendhal le décrit n'est que froideur à côté de celui que respirent les fils du Souf, les enfants de Djenara, la perle des Ksours. Au reste, comme le dit fort bien le Thaleb Ali-bou-Nahr, les gens du Nord ne peuvent rien comprendre à ces amours redoutables.
La donnée est dramatique; et elle aboutit à une sévère moralité. M. Hector France a développé son sujet en écrivain qui connaît l'Algérie et qui l'aime profondément. Il n'en parle point avec le sang-froid d'un Occidental; son style se revêt d'une riche couleur orientale; et, vraiment, il nous offre certaines descriptions fort remarquables.
Cette histoire touche à la pastorale: par moments, on croit lire les scènes d'une luxuriante et barbare églogue. Si la touche est excessive, il se dégage, de plus d'un tableau, une âpre poésie. Peut-être, pour nous paraître vrai, ce livre ne pouvait-il guère être écrit autrement.
Il est fait pour ne point passer inaperçu; il est entraînant et passionné; par le temps qui court, ces défauts doivent servir à appeler l'attention du public.
Antony Valabreque.
Le Livre (décembre 1880).