—Mansour, je t'en supplie, relève-toi.
—Tu demandes ce qu'on dirait, reprit-il, Eh! que ne dirait-on pas qu'on ait déjà dit: Le fils d'Ahmed se meurt d'amour pour la Rose des Ouled-Sidi-Abid!
Elle retira brusquement sa main et le regarda tout interdite.
—Quoi! on s'est aperçu que tu m'aimais?
—Ah! s'écria-t-il en lui saisissant les jambes et lui baisant les pieds, je t'aime, je t'aime; tu le savais!
—Je ne sais rien, je ne veux rien savoir. Relève-toi, Mansour! es-tu fou?
—Oui, je suis fou, je le vois bien, car j'ai fait tout ce que j'ai pu pour arracher ta pensée de mon cœur. Je me suis roulé dans les épines des genêts; j'ai passé de longues heures pleurant caché dans les lauriers-roses, mais en dépit de moi-même, mes lèvres murmuraient: «Meryem! Meryem!» J'ai essayé d'aimer les filles du douar, je n'ai pas pu, je n'ai pas pu. C'était toi que j'aimais quand je leur murmurais des mots d'amour; et quand je soupirais près d'elles, c'était vers toi que volaient mes soupirs. Meryem! Meryem! oui, je suis fou.
—Tais-toi, enfant, tais-toi.
—Depuis le jour où tu es venue, hôtesse cent fois bénie et cent fois maudite, t'asseoir sous la tente de mon père, et où je t'ai vue soulever ton voile de ta main gracieuse et montrer l'éblouissement de ta face; depuis le jour où les cavaliers de la tribu ont fait éclater autour de toi la joyeuse fantasia, et que toute pensive tu regardais devant toi, n'entendant ni la voix de la poudre, ni les hennissements des chevaux impatients, ni les cris de joie des femmes, ne voyant rien, alors que tous ne voyaient que toi; depuis l'abominable nuitée d'amour où je t'ai entendue pousser tes premières plaintes, que les baisers de mon père ne pouvaient étouffer, oui, je suis devenu fou!
—Tu me fais mourir de honte.