—Et mon père a répondu: «La loi le défend.»

—Et c'est la seule raison donnée? demanda la naïve épouse.

—La seule. N'est-ce pas assez? Oh! Meryem, Meryem, as-tu donc supporté sans répugnance les caresses de cet homme plus que mûr? Ne sens-tu pas que les draps de ton lit d'amour ne sont qu'un froid linceul? Moi, je suis jeune comme toi. Écoute la fantasia de mon cœur et goûte comme mes lèvres brûlent.

—Que je sois maudite avant de commettre ce crime. Pervers! maudit sois-tu, qui veux souiller la couche de celui qui t'a engendré!

—Rose du paradis, il n'y a pas souillure, puisque de lui-même il se repent de t'avoir pour épouse.

—Tu mens, enfant du mal. Ce que tu racontes est impossible. Tu es semblable aux chrétiens qui déplacent les phrases, les dénaturent et les embrouillent à dessein avec leurs langues perfides.

—Que le Prophète me confonde, si ce n'est la vérité. Honteux de la raillerie du cheik des Ouled-Rabah, voilà mot pour mot les paroles du père devant tous:

«Nous divorcerons quelque jour, et je te la donnerai pour servante, comme notre seigneur Soliman reçut de la couche de son père sa servante Abisag.»

—Il n'a pu dire cela. Tu mens!

—Oserais-je ainsi mentir, quand tu peux à l'instant me confondre?