Ce qu'il redoutait, c'était de ne pas humer les premiers parfums de la fleur qu'il cueillerait pour embaumer le reste de ses ans.

Être dupé pendant le mariage est une honte—du moins d'après les préjugés des hommes qui attachent la honte à un acte auquel ils sont étrangers,—mais dupé avant! quelle misère!

Payer comme neuve une marchandise avariée; acheter une orange déjà sucée par un autre; fouiller dans une pastèque vide; ouvrir une grenade où il n'y a plus de pépins; verser son bonheur dans un vase et trouver une fissure au fond!

Voilà ce qu'il ne voulait pas. Il le jura sur les cendres de son père, oubliant son compte avec l'éternelle Justice.

Le Prophète a dit: «La femme doit être obéissante et soumise. Elle doit conserver, en l'absence du mari, ce qui n'appartient qu'au mari. Celle-là est vertueuse, elle fait la joie de l'époux, l'orgueil de la famille, et ses actes sont inscrits au livre des bonnes œuvres. Honore-la à l'égal des anges.»

—Mais celle-là, se demandait-il, où est-elle?

Il avait longtemps cherché, bravant la loi du Koran qui punit l'adultère. Il avait cherché du Midi au Nord, dans le Sahara et dans le Tell, sous la maison de poil du bedoui ou dans la maison de pierre du hadar, et partout trouvé des épouses faciles. Avec les plus farouches, le succès avait été une question d'adresse, de douros et de temps. Peut-être frappait-il aux mauvaises portes, mais cependant il entendait chacun dire:

—Mes femmes, à moi, sont fidèles.

Et pour les filles, mêmes banalités. Cœurs et corps prêts à s'ouvrir au premier qui se présente, et il fallait arriver de bonne heure pour s'y trouver le premier.

Comment compter sur une fille sage, lui qui vit de jeunes hommes prendre pour épouses plus d'une dont il avait acheté l'honneur et qui disaient le lendemain des noces: