—Dieu soit loué! tu es l'homme que je cherche.
—Tu es envoyé par Mansour?
—Ah! ah! saintes mamelles! Mansour-ben-Ahmed, Mansour l'Heureux, Mansour le père du fusil, Mansour le maître du sabre, Mansour le thaleb, c'est mon maître; oui, oui, le maître du negro. Il n'y en a pas un qui le vaille. Tu chercherais longtemps avant de rencontrer son pareil. Il te faudrait marcher jusqu'à Constantine, et peut-être jusqu'à Alger la Sainte, pour trouver le frère à Bou-Zeb. Car on l'appelle aussi Bou-Zeb! Ah! ah! ah! Le savais-tu?
—Oui; dépêche-toi. Que t'a-t-il dit?
—Je suis stupide comme un mouton écorché. Je te demande si tu connais Mansour! Qui est-ce qui ne connaît pas Mansour dans le Tell et le Beled-el-Djerid?
—Homme, explique-toi. De quelle mission t'a-t-il chargé?
—Il m'a dit: «Salem—je m'appelle Salem,—tu iras vers Lagdar-ben-El-Arbi, qui attend dans ma demeure.» Mais es-tu bien Lagdar-ben-El-Arbi? Vois-tu, moi, on peut me tromper facilement; je suis, comme mon maître, étranger au Ksour, et nous autres, pauvres ignorants nègres, nous croyons tout ce qu'on nous dit.
—Sors et appelle le premier passant, il te dira mon nom.
—Ah! ah! tu es l'homme, je le vois bien. Alors, que vais-je te donner?
—Toi, je ne sais; mais j'attendais ton maître, qui doit me donner cent douros.