— Bah ! on boit sans soif.
— Les ivrognes, oui ; pas les Andalous. »
Au diable la sobriété des Andalous ! Nous débouchons dans un petit carrefour en face d’une maison qui forme un angle. Enfin, c’est là. Il était temps. Auberge du Grand Saint Iago. Encore un saint qui a dû fricasser pas mal de juifs et de Maures ; mais nous bénissons son nom ; il nous sauve des fureurs de la populace qui s’arrête surprise et déçue de nous voir arrêtés à la porte d’une auberge au lieu de celle de la prison.
La police frappe pendant cinq ou six minutes du pied et du poing en criant à chaque coup d’une voix lamentable, mode andalouse de s’appeler :
« Hé ! señora ! hé ! l’ama ! señora Mariquita ! »
La señora Mariquita se décide à paraître au balcon de l’étage supérieur ; grosse commère qui a de beaux restes et les montre en partie dans un déshabillé des plus sommaires.
« Des seigneurs voyageurs ! » crient les deux policiers.
Elle laisse tomber comme une reine un regard à la fois étonné et dédaigneux ; dédaigneux sur des seigneurs qui payent aussi peu de mine, étonné sur la foule qui les escorte, puis se décide à descendre nous ouvrir.
Nous entrons ; les curieux se dispersent et les agents se retirent après nous avoir recommandé aux bons soins de la señora comme si nous étions de vieux amis et trempé par politesse leurs lèvres dans un verre de liqueur que nous leur avons fait servir.
L’hôtesse qui, — elle nous l’apprit elle-même — est la veuve d’un de leurs camarades, appelle à son tour d’une voix dolente : Barbara ! Barbara ! et nous confie, tandis qu’elle va achever sa toilette, à une fort jolie nièce qui ne paraît avoir de barbare que le nom.