Le bel amin El Ascoub, le chéri de son coeur, la trompait—elle s'en était aperçue—avec sa servante Aïcha, moins jeune et cent fois moins jolie qu'elle et cependant pour El Ascoub elle bravait son mari et se mettait en danger de mort.
—Ah! les hommes! tous ingrats et traîtres!
Et depuis huit jours elle attendait le coupable. Elle voulait l'injurier, lui reprocher sa trahison, lui cracher à la face, mais elle ne l'avait plus revu.
Où était-il? Que faisait-il? Les devoirs de la magistrature ne pouvaient le retenir ainsi! Et, du reste, l'avant-veille encore, elle l'avait entendu en bas, dans l'antichambre aux bancs de pierre, s'entretenir avec son époux. Le voir, ne fût-ce qu'un instant; elle oublierait ses colères, sa trahison, le mal étrange qui la tourmentait… et elle oubliait tout pour ne songer qu'au bien-aimé. Car l'épouse engagée dans la mauvaise route est bientôt frappée d'aveuglement et heurte à chaque pas son pied aux mensonges et aux turpitudes.
Et l'aube rougissait le ciel derrière les lignes sévères du Mansourah que ses beaux yeux étaient encore ouverts et que les larmes en mouillaient les cils. _____
—Joie de mes prunelles et de mon coeur, lui dit le lendemain Ahmed, mon vieil ami le caïd des Ouled-Ganem m'invite à la noce du plus jeune de ses fils. J'emmène mon chaouch, et resterai absent huit jours. Mais si mon corps part, ma pensée demeurera près de toi.
—Ta pensée n'est pas une sauvegarde, répondit Hadjira. O monseigneur! sans toi, que vais-je devenir dans cette maison sinistre, seule avec Aïcha et ton nègre Salem?
—El Ascoub rentrera ce soir. Il est mon ami et mon fils, et à qui puis-je mieux confier la garde de mon plus cher trésor?
—Tu es le maître et mon seigneur, et tu fais ce qu'il te plaît.
Et elle baissa les yeux humblement pour voiler la joie qui les remplissait d'étincelles.