—J'ai à lui parler; qu'il monte! dit-elle.
Et Aïcha répéta cet ordre à Salem.
On entendit dans l'escalier de pierre un bruit étrange. C'était comme un frôlement de spectres avec des plaintes qui n'avaient rien d'humain.
La frechia tendue sur la porte fut soulevée, Hadjira se dressa d'un bond sur sa couche, et la servante effrayée se réfugia près d'elle.
Deux hommes entraient, l'un soutenant l'autre; le nègre Salem poussant
El Ascoub, et employant toutes ses forces à le tenir debout.
Le jeune amin portait le sévère et sombre costume des juges indigènes, et par-dessus, le burnous blanc aux pans relevés, capuchon rabattu sur la face.
—Quoi! qu'est-ce? s'écria Hadjira, furieuse de voir son amant, poussé ainsi par ce nègre; cet esclave est-il ivre? El Ascoub, est-ce toi? découvre ton visage.
D'un brusque mouvement, Salem tira le capuchon, et sur le corps vivant du bien-aimé la divine Hadjira vit paraître une tête de mort.
Elle poussa un cri terrible, et le squelette aussi la voyait et s'efforçait de crier, attachant sur elle un regard de goule, car les yeux brillaient effroyables dans leur orbite; l'ingénieuse vengeance du terrible Ahmed avait su les soustraire à la voracité des rats.
Et le misérable avec des gloussements de bête s'avançait, tendant ses mains tordues par les angoisses de l'affreuse agonie.