Et quand il avait fini, il se récitait le verset:
…. Le Prophète a dit: «Celui que la mort surprendra la prière au lèvres ou au moment d'une action louable ou d'un acte religieux, celui-là est béni.»
Puis il replaçait méthodiquement le chapelet à son cou, par dessus son burnous rouge, portait la main sur la poignée de son pistolet, le tirait lentement de sa gaine, et l'armait sans bruit.
Et le corps penché, l'avant-bras appuyé sur l'épaule du cheval, il visait à son aise pendant une ou deux secondes.
—Les chrétiens maudits l'ordonnent, mais, par le Koran glorieux, tu te feras leur accusateur lorsque le soleil sera ployé et qu'on déroulera la feuille du Livre. Alors leur compte sera affreux, leur demeure la géhenne. Et tu te féliciteras, car tu auras passé le Sirak! Adieu, homme, l'archange Gabriel va te prendre pour que tu contemples la face du Maître.
Il marmottait cela entre ses dents, comme un dévot qui prie, tout en ajustant la nuque.
—Va, mon fils, c'était écrit.
Et il lui cassait la tête. Rarement il manquait son but. En ce cas, il achevait la besogne à coups de sabre. Le corps roulait et s'abîmait dans le torrent. Quelquefois, le vent qui soufflait des crêtes du Bou-Djaber apportait jusqu'au village d'El-Meridj le bruit de la détonation.
—Entendez-vous? disaient les mercantis. Encore ces cochons de
Kroumirs qui assassinent en plein jour. Ont-ils du toupet, ces gueux-là!