—Je n'ai pu les compter, mon capitaine; ils sont embusqués dans les broussailles; mais ils ont tiré plusieurs coups de fusil.
—J'en ai entendu deux. J'ai cru que c'était cet empoté de marchef qui chassait.
Mais le marchef accourait de la cantine où il était en train de sirotter son sixième champoreau, tout en racontant l'histoire de la Pucelle enragée à la petite maman Jardret qui avait mal au ventre à force de rire.
—Un peloton, à cheval!
Et cinq minutes après, le peloton commandé par Fortescu dévalait au grand trot.
On battit les broussailles, on feuilla les halliers, on descendit jusque dans le lit encaissé de l'oued Horrirh: on ne découvrit que quelques petits pâtres et deux ou trois chaouias paisiblement assis, devisant des choses du temps.
L'ennemi avait disparu.
Une fillette qui s'était enfuie à l'approche des spahis, et qu'on rattrapa bien vite en la menaçant de lui couper la tête si elle ne disait pas toute la vérité, déclara affolée et tremblante, avoir aperçu un grand négro traverser les broussailles et courir dans la direction du douar du caïd Hamda-bel-Hassen des Ouled-Ali, de l'autre côté de l'oued Horrirh, au pied de la montagne.
IV
Le caïd Hamda-bel-Hassen était mal noté au bureau arabe. Il avait pris part autrefois à tous les soulèvements des Nememchas et, bien qu'ayant fait sa soumission, dans les troubles récents de la frontière, il fut visible à tous qu'il ne nous fournissait qu'à regret son goum.