Je tournais la tête. Au pied d'un buisson de genêts, une femme accroupie allongeait ses jambes roussies et maigres où des varices offraient des arabesques variées aux baisers du soleil.

Couverte d'une loque de cotonnade bleue, crasseuse, hâlée, maigre, tatouée de coutures cervicales que ne parvenaient pas à cacher d'épaisses tresses de laine brune simulant les cheveux, elle accusait au moins quarante orageux automnes. Par les déchirures de sa loque s'étalaient, avec un dédain marqué des regards ou peut-être une intention perverse, de longue mamelles noirâtres, tandis que le tablier trop court de sa jupe en guenilles, ramena entre les jambes, laissait nues ses grandes cuisses roussies.

Un petit sachet de cuir, bourré de musc, attaché à son cou par une ficelle en poil de chameau, allait se perdre dans les profondes ravines du ventre.

—Roumi! Eh! Roumi!

Elle me souriait tendrement, m'encourageant du geste à prendre place à ses côtés.

Je la regardais avec dégoût, et sans répondre, je passais.

—Roumi! cria-t-elle pour la cinquième fois.

—Eh bien! quoi! que veux-tu?

—Ce que je veux? mais je t'attendais! Les Krammès de la smala m'ont informée que tu faisais souvent ta promenade matinale dans ces halliers solitaires. Les Roumis recherchent les filles des chaouias, et ici, derrière ces broussailles, l'on peut s'aimer sans crainte des indiscrets.

Je continuais mon chemin, haussant les épaules.