—Holà! hommes! Où allez-vous?

—Nous allons à Constantine, répliquèrent les spahis.

—Vous ne passerez pas Châanah, les Ouled-Ascars ont, cette nuit, fait parler la poudre et tué deux mokalis[9].

[Note 9: Cavaliers indigènes attachés au service des Bureaux arabes.]

Le lieutenant haussa les épaules; l'avant veille encore, des officiers du bureau Arabe de Djidjelly avaient chassé dans ce pâté de montagnes et n'avaient remarqué aucun signe d'agitation; il roula une cigarette avec l'insouciance de ses vingt-cinq ans et continua son chemin.

Il arriva sans encombre à Châanah, s'y reposa deux heures, mais au moment où il quittait le bordj, il rencontra le vieux sheik Ahmed qui venait sur sa mule tout exprès pour lui dire:

—Ne va pas plus loin.

—J'ai des dépêches, répondit simplement le jeune homme, et j'ai l'ordre de me présenter après demain au bureau de la division. Et il se remit en route, tandis que le chef Kabyle lui criait:

Tu marches à ta mort.

Le soleil baissait sur l'horizon lorsque les cavaliers gravirent le sentier escarpé de Fedj-el-Arba. Tout était désert et silencieux, et la porte du bordj close. Une boule jaunâtre pendait accrochée à l'un des battants.