On les expédiait par fournées au bureau arabe de Tebessa qui, après un interrogatoire forcément sommaire, les relâchait ou les dirigeait sur Constantine.

Comme de coutume, de pacifiques laboureurs de la plaine allèrent pourrir dans les prisons de la province ou furent envoyés au bagne de Cayenne, et des rôdeurs de route, bandits de profession, furent reconnus purs de toute iniquité, car nos patrouilles ne tardèrent pas à prendre en flagrant délit de brigandage, des Kroumirs déjà arrêtés par elles et relâchés par le bureau arabe.

Le commandant de la smala se plaignit; on lui répondit aigrement que c'était à lui d'aviser; que, chargé spécialement de maintenir la paix dans les tribus de la frontière, il était responsable de ce qui arriverait.

Aussi, fatigué des récriminations d'une part, des reproches de l'autre, fatigué surtout des vols incessants, il prit le parti de rendre lui-même la justice comme cela se pratiquait depuis la conquête dans tous les postes isolés, et comme le général Négrier, dont le nom est encore l'effroi des Arabes, la rendait lui-même à la face du soleil, sur la place de la Brèche, à Constantine, par le sabre de son chaouch Braham[2].

[Note 2: Ce chaouch dont je parle dans «l'Homme qui tue» et que je connus au 1er escadron du 3e spahis, coupa, de son propre aveu, plus de 2, 000 têtes.]

Donc, chaque fois que nos spahis rencontraient sur les chemins un indigène armé, ils lui faisaient subir un court interrogatoire.

—Où vas-tu?

—Faire la moisson à la Meskiana.

—Pourquoi as-tu un fusil?

—O musulmans! pouvez-vous me poser une telle question? Vous savez bien qu'un Arabe ne quitte jamais son fusil.