--Galant homme, honnête homme, on peut être mauvais mari: la responsabilité d'un père qui marie sa fille est trop lourde pour qu'il laisse rien au hasard.

--Tu t'inquiètes à tort.

--Qu'en sais-tu? Je pourrais te dire que de ton côté tu t'obstines à tort aussi dans ton parti-pris de ne voir que ce que tu désires: si ce mariage peut se faire, il peut ne pas se faire.

--Il se fera.

--Tu ne peux pas le souhaiter plus vivement que moi.

--Ce serait folie de prendre au sérieux des propos en l'air; il n'y a rien, il ne peut y avoir rien contre le baron, et ce que tu crois de la suspicion est simplement de l'envie: envie chez ses amis parce qu'Anie lui apporte une belle fortune; envie chez nos amis, à nous, parce qu'il apporte à Anie un beau nom.

Il s'attendait à cette résistance et n'alla pas plus loin; maintenant que l'ouverture était faite, il pourrait revenir sur cette rupture, et amener peu à peu l'esprit de sa femme à en admettre la possibilité, afin que le jour où elle se produirait elle ne fût pas un coup de foudre.

Avec Anie il procéda de la même façon, mais l'accueil qu'elle fit à ses paroles entortillées ne ressembla en rien à celui de sa mère:

--S'il y a dans ce mariage quelque chose qui t'inquiète, lui dit-elle, le mieux est d'y renoncer tout de suite.

--Tu n'en souffrirais pas, ma chérie?