--Aucune.

--Mademoiselle Anie vous plaît-elle?

--Je la trouve charmante, à tous les points de vue.

--Alors ne vous embarrassez pas de scrupules qui n'ont pas de raison d'être: vous n'entrez pas en rivalité avec M. d'Arjuzanx que mademoiselle Anie refuse.

--Ah! elle refuse! Elle refuse d'épouser d'Arjuzanx? Comment? Pourquoi?

Cela fut dit avec une vivacité qui frappa le notaire; évidemment ce sujet ne laissait pas Sixte indifférent.

--Je n'ai pas reçu les confidences de la jeune fille, qui ignore ma démarche auprès de vous, cela va sans dire. Je ne peux donc pas vous répondre catégoriquement. Mais de celles du père, il résulte que M. d'Arjuzanx ne plaît pas, soit pour une raison, soit pour une autre; et, cela étant, la famille trouve convenable de ne pas prolonger des relations que le monde pourrait mal interpréter. D'ailleurs ces relations ne sont établies que sous condition suspensive, comme nous disons, nous autres gens de loi. Quand le baron a fait part à mon ami Barincq de son désir d'épouser mademoiselle Anie, celle-ci a répondu qu'à ce moment M. d'Arjuzanx lui était indifférent, et que, si on voulait d'elle un engagement immédiat, elle ne pouvait pas le prendre, puisqu'elle ne connaissait pas celui qu'on lui proposait; mais que, pour ne pas contrarier ses parents touchés par les avantages de cette alliance, elle était disposée à se rencontrer avec M. d'Arjuzanx comme celui-ci le désirait; si, en apprenant à le connaître, ses sentiments changeaient, elle accepterait ce mariage, sinon elle le refuserait. Il paraît que ses sentiments n'ont pas changé. Cette situation n'est-elle pas parfaitement nette!

--Il est vrai.

--Maintenant, pourquoi M. d'Arjuzanx ne s'est-il pas fait aimer? Je n'en sais rien. Vous qui êtes son camarade, vous pouvez mieux que moi répondre à cette question.

--Sait-on pourquoi l'on aime? Précisément parce je suis le camarade de M. d'Arjuzanx, je trouve qu'il a tout pour être aimé.