--En tout cas ils donneront à danser à Bayonne.
On ne variait pas moins dans les appréciations physiques: certainement elle louchait; il ne serait pas étonnant qu'elle devint poitrinaire; à coup sûr elle se teignait les cheveux; on ne pouvait pas dire que sa toilette fût riche, mais elle était d'un goût parisien tout à fait scandaleux.
Et Sixte, qui jusque-là avait passé pour le plus bel officier de Bayonne, avait-il l'air assez humilié!
--Dame! un vendu.
La sacristie étant trop petite pour le défilé, il avait été convenu que tout le monde passerait par le château et qu'il n'y aurait pas deux catégories d'invités, les uns qui devaient luncher, et d'autres qui devaient se contenter de la vue du cortège.
Barincq avait mis sa gloire de propriétaire dans ce lunch, dont le menu se composait exclusivement de ses produits: saumons pris dans sa pêcherie; jambons de sa porcherie; dindes de sa basse-cour; chauds-froids de faisans et de perdreaux tués sur ses terres; fleurs et fruits de son jardin et de ses serres.
On lui fit meilleur accueil qu'aux mariés, et il y eut unanimité pour le déclarer excellent, pas très distingué, mais d'une qualité supérieure, ce qui, d'ailleurs, est facile pour les gens qui ne comptent pas.
Anie, au bras de son mari, allait de table en table, son voile ôté maintenant, adressant à chacun quelques mots aimables ou un sourire. L'élément militaire s'était massé dans une partie de la tente qu'il occupait en maître. Là, il se passa le contraire de ce qui s'était produit dans le clan de la famille où l'on avait été froid pour Sixte, ce fut pour Anie que l'on fut réservé, et si nettement au moins chez les femmes que Sixte crut devoir plaider les circonstances atténuantes en leur faveur.
--Si vous saviez, dit-il à voix basse, à quel paroxysme d'envie arrivent les femmes pauvres de notre monde, en peine de filles à marier!
--Je m'en doute.