--Vous êtes trop bon pour moi, mon cher père, trop indulgent.
--Qui peut sonder l'entraînement auquel vous avez cédé!
Il le sondait au contraire parfaitement, cet entraînement qui, chez Sixte, était un fait d'hérédité. Est-ce que Gaston n'avait pas plus d'une fois subi cette ivresse du jeu, lui d'ordinaire si calme, si maître de lui? Quoi d'étonnant à ce que Sixte la subit à son tour? Tel fils, tel père. S'il était heureux que sur beaucoup de points Sixte ressemblât à Gaston, il fallait accepter la ressemblance complète, celle pour le mauvais comme celle pour le bon, celle pour les défauts comme celle pour les qualités. En tous cas, il y avait cela d'heureux dans cette aventure qu'elle s'était produite avant que Sixte eût trouvé le testament de Gaston. Que serait-il arrivé et jusqu'où ne se serait-il pas laissé entraîner, si cette fâcheuse partie s'était engagée quelques mois, quelques semaines plus tard, alors que, se sachant seul légataire de la fortune de Gaston, il n'aurait point été retenu par l'inquiétude d'avoir à demander la somme qu'il perdrait? Tandis que, dans les circonstances présentes, cette perte pouvait, et même, semblait-il, devait être une leçon pour l'avenir, celle dont profite le chat échaudé; il se souviendrait.
Rébénacq n'avait pas les soixante-cinq mille francs chez lui, mais il promettait de les verser dès le lendemain à Bayonne; seulement, au lieu de pouvoir faire un emprunt au Crédit Foncier et de bénéficier de conditions modérées, il faudrait subir la loi d'un prêteur dur, qui profiterait des circonstances pour exiger un intérêt de cinq pour cent, avec première hypothèque sur la terre d'Ourteau tout entière, non seulement pour cette somme de soixante-cinq mille francs, mais encore pour celles précédemment empruntées par Barincq, c'est-à-dire pour un total de cent dix mille francs, de façon à être seul créancier.
Comme il n'y avait pas moyen d'attendre, il fallut bien en passer par là, et, de nouveau, Sixte, en revenant au château, exprima à son beau-père toute sa désolation de l'entraîner dans des affaires si pénibles.
--Laissez-moi vous dire que je considère ces sacrifices que je vous impose comme un prêt, dont je vous demande de vous rembourser en diminuant de dix mille francs tous les ans la pension que vous nous servez.
--Vous n'y pensez pas, mon cher enfant.
--J'y pense beaucoup, au contraire, et je suis sûr que ma femme se joindra à moi pour vous demander qu'il en soit ainsi; cette suppression ne sera pas bien dure pour nous et elle sera une leçon utile pour moi.
--Ne parlons pas de ça.
--Et moi je vous prie de me permettre d'en parler.