Quand elle redescendit, elle trouva son père, qui avait revêtu ses vêtements de tous les jours, en train de boucler sa valise. Vivement elle alluma un feu de braise et mit dessus une bouillotte d'eau; puis elle ouvrit la porte du jardin.
--Où vas-tu? demanda-t-il.
--J'ai mon idée.
Elle revint presque aussitôt, tenant d'un air triomphant un œuf dans chaque main.
--Il me semblait bien avoir entendu les poules chanter, dit-elle; au moins tu ne partiras pas à jeun; deux œufs frais, une bonne tasse de café, te remettront un peu des fatigues de cette nuit, d'autant plus dures pour toi qu'elles s'ajoutaient à ton chagrin. Pauvre père, je t'assure que je t'ai plaint de tout mon cœur, et que plus d'une fois je me suis reproché le supplice que je t'imposais en te faisant jouer ces airs de danse qui exaspéraient ta douleur.
--Au moins t'es-tu amusée?
--Je devrais te dire oui, mais cela ne serait pas vrai.
--Tu as éprouvé quelque déception?
Elle hésita un moment, non parce qu'elle ne comprenait pas à quelle déception son père faisait allusion, mais parce qu'elle avait une certaine honte à répondre.
--J'ai été demandée en mariage plus de dix fois depuis hier soir, dit-elle enfin avec un demi-sourire.