— Où est-il ?

— Je n'en sais rien ; mais M. Toulourenc vous le dira mieux que moi.

En effet, Toulourenc, l'ancien lutteur que le baron avait recueilli, un peu pour travailler avec lui, et beaucoup par charité, faisait, en quelque sorte, fonction de majordome au château, et en cette qualité devait savoir ce que les gens de service ignoraient.

L'absence du baron ne fut pas le seul sujet d'étonnement du capitaine ; comme il se dirigeait vers le château, il n'aperçut aucun des nombreux ouvriers qui, en ces derniers temps, travaillaient aux jardins et au château lui-même, pour que le vieux domaine, abandonné depuis si longtemps, fût digne de recevoir Anie lorsqu'elle viendrait l'habiter. Comme ces travaux considérables s'appliquaient à tout : aux pelouses qu'il fallait retourner et vallonner ; aux toits qu'il fallait refaire ; à la façade qu'il fallait ravaler ; aux volets et aux fenêtres qu'il fallait repeindre, et à tout l'intérieur qui était entièrement à reprendre du haut en bas, on les poussait aussi activement que possible sans temps perdu, sans respect du dimanche ou des lendemains de paie. Cependant, ce jour-là, tous les chantiers étaient déserts aussi bien dans les jardins qu'aux environs de la maison ; pas un ouvrier ; partout l'image du travail brusquement interrompu : les brouettes sur les pelouses ; les échelles sur les toits ; contre les façades les échafaudages ; au pied des constructions les pierres, le sable, le mortier gâché tout prêt à être employé et resté là.

Le même abandon se retrouvait à l'intérieur et le haut vestibule aux voûtes sonores était plein des copeaux et des papillotes des menuisiers, mêlés aux baquets, aux bidons et aux échelles des peintres.

Il fallut un certain temps avant qu'une servante répondît au coup de sonnette de Sixte : elle dit comme le jardinier que M. le baron n'était pas au château.

— Et M. Toulourenc ?

— Ah ! voilà. M. Toulourenc est en train de fricasser une fressure d'agneau ; et quand il fait la cuisine, il ne peut pas se déranger.

— Eh bien, dit le capitaine, je vais l'aller trouver dans sa cuisine.

— Si monsieur veut.