— Vous vous êtes entendus ?

— Tu le vois, maman.

A ces mots madame Barincq se laissa tomber sur un fauteuil :

— Malheureux que nous sommes ! murmura-t-elle.

Anie vint à elle et lui posant la main sur le bras tendrement :

— Pourquoi malheureux ? dit-elle d'une voix douce et caressante. Qui est malheureux ? Est-ce moi ? Je n'ai jamais éprouvé joie plus profonde, bonheur plus complet. Est-ce mon père ? Je ne vois pas que ses yeux expriment le mécontentement ou le chagrin. Est-ce toi ?

— Oui, moi, qui me demande si je rêve ou si je suis folle.

— Et que peux-tu désirer chez un gendre que tu ne trouves chez M. Sixte ? Beau garçon, ne l'est-il pas ? et avec cela distingué, l'air bon, d'une bonté sans faiblesse. Intelligent, ne l'est-il pas aussi ? Non seulement pour tout ce qui touche à son métier, sa carrière le prouve, mais d'une intelligence étendue qui ne se spécialise pas sur un seul point : ce n'est pas un officier qui n'a que du vernis, comme on dit dans le monde militaire, c'est un esprit qui comprend, qui sait, qui sent.

— Et sa naissance ?

— Est-ce que tu t'imaginais qu'un prince me demanderait en mariage ?