Pour accomplir cette remise du testament, une difficulté se présentait devant laquelle il resta embarrassé un certain temps.
Le mieux assurément serait que Sixte le trouvât, par hasard, dans le bureau de Gaston, comme lui-même l'avait trouvé ; mais pour cela il fallait commencer par l'introduire dans ce bureau ; et, comme il n'en avait plus la clé, ce moyen n'était pas praticable, et il dut recourir à un autre plus simple encore.
Un dimanche soir que Sixte repartait en voiture avec Anie pour Bayonne, il lui remit une liasse de papiers en prenant un air aussi indifférent qu'il pût.
— Qu'est-ce que tu veux que nous fassions de cela, papa ? demanda-t-elle.
— Cela ne te regarde pas : ce sont des papiers qui concernent Sixte et qu'il aura intérêt à lire, je pense un jour de loisir.
— Qu'est-ce donc ?
— Simplement la collection des lettres que vous avez écrites à Gaston depuis votre enfance jusqu'à sa mort ; et aussi différentes pièces de comptes et de factures. On a trouvé tout cela à l'inventaire dans un tiroir qui vous était consacré, mais on ne l'a pas coté, comme étant pièces sans importance ; j'aurais dû vous le remettre depuis longtemps.
Cela fut dit sans appuyer et il brusqua les adieux.
Mais dès le surlendemain il alla déjeuner chez sa fille, anxieux de savoir si Sixte avait ouvert le paquet ; il le trouva intact, comme il l'avait noué lui-même, sur la table de Sixte.
— Tiens, ton mari n'a pas ouvert ce paquet ? dit-il.