Il alluma un cigare ; mais devant la fenêtre où il le fumait lui arrivaient les bruits de la salle à manger se mêlant au murmure rauque de la marée montante ; de temps en temps la voix du banquier ou des pontes et aussi le tintement de l'or, le flic-flac des billets et des cartes, dominaient ces bruits vagues : Messieurs, faites votre jeu. Cartes, cinq, neuf.

Fut-ce ce sentiment de fausse honte, fut-ce la magie, la suggestion de ces bruits ? Toujours est-il qu'au bout de dix minutes il revenait au salon et déposait cinquante louis sur l'un des tableaux qui gagna.

Jusque-là, il avait joué debout ; machinalement, il attira une chaise et s'assit : il était dans l'engrenage.

Alors l'ivresse du jeu le prit, l'emporta, et anéantit sa raison aussi complètement que sa volonté : il n'était plus qu'un joueur, et, en dehors de son jeu, rien n'existait plus pour lui.

De partie en partie, le jeu arriva vite à une allure enfiévrée, vertigineuse ; à son tour Sixte prit la banque, gagna, perdit, la reprit et, à une heure du matin, il devait quarante mille francs à d'Arjuzanx, cinq mille à de la Vigne, vingt mille aux autres ; en tout soixante-cinq mille francs représentés par des cartes qui portaient écrit au crayon le chiffre de ses dettes envers chacun.

Alors d'Arjuzanx l'attira dans son cabinet.

— Si tu veux payer ce que tu dois, lui dit-il, je mets vingt-cinq mille francs à ta disposition ; il y a des étrangers qui ne te connaissent pas, peut-être voudrais-tu t'acquitter envers eux tout de suite.

— Je le voudrais.

— Eh bien ! accepte ce que je t'offre ; ne vaut-il pas mieux que je sois ton seul créancier ? entre nous, cela ne tire pas à conséquence ; tu me rembourseras quand tu pourras.

VI