Sixte ne répondit pas, il voyait maintenant combien était faux son sentiment sur les intentions de d'Arjuzanx qui, au lieu de chercher à lui faire regagner ses quarante mille francs, n'avait eu d'autre but, au contraire, que de l'entraîner à perdre une somme beaucoup plus considérable ; en même temps il était frappé d'un fait, en apparence insignifiant et cependant décisif : — le soin que d'Arjuzanx mettait à ne pas s'adresser à lui directement, et surtout à ne pas employer le tutoiement.

Le baron reprit :

— Si notre argent n'est pas sur cette table, notre parole y est ; je peux jouer cent mille francs, et même deux cent soixante-seize mille sur parole, non cinq cent cinquante mille qui excéderaient peut-être l'engagement qu'on pourrait tenir.

Il se tut, et chacun évita de se regarder pour ne pas livrer ses impressions ; quelques convives prudents s'éloignèrent même de la table, mais sans sortir du salon ; de la Vigne ne fut pas de ces derniers : une place étant libre auprès de son camarade, il s'avança pour la prendre.

Mais rien n'indiquait que Sixte dût se laisser entraîner à un éclat ; son attitude était plutôt celle d'un homme qui vient de recevoir un coup sous lequel il est tombé assommé.

Cependant, après quelques secondes, il se leva.

— Il est évident, dit-il, que je n'ai pas ces deux cent soixante-seize mille francs sur moi.

— N'est-il pas admis par les honnêtes gens qu'on a vingt-quatre heures pour dégager sa parole ?

IX

Comme Sixte mettait le pied sur le trottoir dans la rue, il sentit qu'on lui prenait le bras ; il se retourna : c'était de la Vigne.