Passant la première, madame Adeline le conduisit dans le salon.

IV

—Quelle mauvaise nouvelle lui apportait-on?

Ce fut la question que madame Adeline, troublée, se posa, mais qu'elle eut la force, cependant, de retenir pour elle.

Bien qu'elle n'eût aucune raison de se défier de M. Eck, qu'elle savait droit en affaires, brave homme et bonhomme dans les relations de la vie, elle avait été si souvent, en ces derniers temps, frappée de coups qui s'abattaient sur elle à l'improviste et tombaient précisément d'où on n'aurait pas dû les attendre, qu'elle se tenait toujours et avec tous sur ses gardes, inquiète et craintive.

Dans la ville, on disait que les Eck et Debs tentaient depuis longtemps des essais pour fabriquer la nouveauté mécaniquement et en grand comme ils fabriquaient le drap lisse: était-ce là la cause de cette visite étrange? Dans ces Alsaciens ingénieux qui savaient si bien s'outiller et qui réussissaient quand tant d'autres échouaient, allait-elle rencontrer des concurrents qui rendraient plus difficile encore la marche de ses affaires!

Etait-ce un danger menaçant leur maison ou la situation politique de son mari qu'il venait lui signaler dans un sentiment de bienveillance amicale?

De quelque côté que courût sa pensée, elle ne voyait que le mauvais sans admettre le bon ou l'heureux; et ce qui augmentait son trouble, c'était de voir l'embarras qui se lisait clairement sur cette physionomie ordinairement ouverte et gaie.

Elle s'était assise en face de lui, le regardant, l'examinant, et elle attendait qu'il commençât; ce qu'il avait à dire était donc bien difficile?

Enfin il se décida: