—A moins qu'il ne vous les rende: on ne perd pas toujours.
Cet argument de tous les joueurs ne pouvait pas ne pas toucher Adeline.
Sans doute, dit-il, on a des bonnes et des mauvaises séries; mais depuis trois mois que vous jouez, vous êtes dans une mauvaise; ne vous obstinez point. Peut-être, si vous aviez quelques centaines de mille francs derrière vous, pourriez-vous continuer et attendre la veine; mais vous ne les avez pas. Ne risquez pas le peu qui vous reste, puisque, ce reste perdu, vous seriez réduit à la misère. Vous, ce n'est rien: un homme se tire toujours d'affaires. Mais les vôtres, votre femme, vos filles! Vous ne vouliez pas que leur vie fût amoindrie; que sera-t-elle quand on les mettra à la porte de l'hôtel où elles sont nées, et que, brisé ou affolé, vous serez incapable de vous remettre au travail, pensez donc que par votre fait elles peuvent mourir de faim, ou, ce qui est pire, traîner une jeunesse de misère. Il en est temps encore, arrêtez-vous. Vous serez gênés, cela est certain, mais la gêne n'est pas la honte, n'est pas la misère; vous attendrez; des temps meilleurs reviendront.
Evidemment Combaz était touché; à l'examiner, il était facile de comprendre que ce qu'Adeline disait, il se l'était dit à lui-même bien des fois; mais par cette répétition, ces paroles avaient pris une force que la conscience seule ne leur donnait pas.
Adeline essaya de profiter de l'avantage qu'il avait obtenu:
—Vous venez pour jouer?
—Je sens que je vais avoir une série, c'est ce qui m'a décidé une dernière fois.
—Combien croyez-vous qu'on prêtera?
—Rien.
—Alors?