En attendant le dîner, ils se retirèrent dans le cabinet d'Adeline avec Bunou-Bunou et quelques commerçants qui connaissaient le père Eck. Comme ils étaient là à causer, M. de Cheylus entra, et s'arrêta à la porte pour écouter le père Eck qui lui tournait le dos, et soutenait une discussion contre Bunou-Bunou.
—Ah! ah! dit M. de Cheylus s'avançant, il me semble reconnaître l'accent de mon ancien département.
—M. le comte de Cheylus, ancien préfet de Strasbourg, dit Adeline; M. Eck, de la maison Eck et Debs.
Mais le père Eck n'aimait pas qu'on le plaisantât sur son accent:
—Oui, monsieur, dit-il en venant à M. de Cheylus, je suis Alsacien, ou si je ne le suis blus ce n'est bas ma faute, c'est celle de certaines bersonnes; je suis fier de mon accent et je voudrais en afoir davantage pour hisser haut le drapeau de mon pays.
Puis s'adoucissant en voyant M. de Cheylus un peu effaré:
—Malheureusement l'habitude de fifre toujours maintenant avec des Normands l'a peaucoup atténué, comme vous pouvez le foir, et je le regrette: l'accent, mais c'est le fumet du pon vin; voudriez-vous des pâtés de Strasbourg qui ne sentissent rien?
—Certes non, dit M. de Cheylus, qui ne se fâchait jamais de rien ni contre personne.
À table, le père Eck répéta son même mot, en ne lui faisant subir qu'une légère variante:
—C'est très pon; vraiment, pour le prix, c'est très pon.