—Pour les empêcher de faire glisser des jetons dans leur chemise. Rappelez-vous le col de Julien, il est très lâche, n'est-ce pas? et la cravate est lâche aussi; alors qu'arrive-t-il? c'est que Julien, qui respire difficilement, paraît-il, surtout au moment où il paye ou quand il rend de la monnaie, passe sa main dans son col pour l'élargir, et laisse alors glisser dans cette ouverture un jeton qui s'arrête à sa ceinture. Il a fait ce geste trois fois, ci, trois louis. Comptez-les. De même qu'il éprouve le besoin de respirer, il éprouve aussi celui de se moucher: deux fois il a tiré son mouchoir, mais deux mouchoirs différents, et chaque fois il a fait passer un jeton de sa main gauche, où il le cachait, dans le mouchoir qu'il a replié et remis dans sa poche; ci, deux louis.
—Et personne n'a rien vu, s'écria Adeline, ni le gérant, ni le commissaire des jeux!
C'était le moment pour Dantin de ne pas s'aventurer.
—Je dois dire que tout cela était fait très proprement, avec adresse. Voyez-vous les tours d'un bon prestidigitateur?
—Continuez.
—Deux fois il a demandé de la monnaie: la première, le change a été fait loyalement, on lui a rendu la somme qu'il donnait; mais la seconde, quand il a tendu une plaque de vingt-cinq louis par-dessus son épaule, il en tenait deux dans sa main, et c'est seulement la monnaie d'une qu'on lui a rendue, ci, vingt-cinq louis.
—Mais alors Théodore serait son complice?
—Dame, ça se voit tous les jours. Maintenant passons à la dernière opération. Vous avez dû remarquer un ponte à sa droite, un monsieur à barbe rousse. Eh bien, il l'a payé deux fois: la première, en commençant par lui, il lui a payé sa mise de cinq louis, puis, en finissant, il est revenu au monsieur roux, et alors il lui a payé les dix louis que celui-ci avait laissés sur le tapis, ci quinze louis. Vous voyez que mon compte est exact; au moins le compte de ce que j'ai vu.
Adeline était atterré:
—Dans mon cercle, murmurait-il, dans mon cercle, chez moi, de pareils misérables!