—Maintenant, dit-il, avant que vous releviez vos cartes je vais vous dire vos points: à droite, il y a une figure et un 6, à gauche un as et un 7; moi j'ai une figure et un 5; je dois donc tirer, et je le fais d'autant plus sûrement que je sais que la carte que je vais retourner est un 4.
Disant cela, il la retourna: c'était bien un 4, comme les points qu'il avait annoncés étaient bien ce qu'il avait dit.
Adeline et Bunou-Bunou se regardaient consternés; la démonstration était plus que faite.
—Me permettrez-vous de vous demander, dit Dantin, ce que vous voulez faire?
La même réponse sortit instantanément de leurs deux bouches:
—Pas de scandale; il faut étouffer l'affaire.
Cette réponse était trop conforme à la tradition pour que Dantin s'en étonnât: pas de scandale, c'est la mot de tous les présidents de cercle lorsqu'un scandale éclate chez eux; dans la rue où il y a tout le monde, on crie «au voleur»; dans un cercle où il n'y a qu'un monde choisi, on ne crie rien du tout; on expulse poliment le voleur sans prévenir personne, de façon à lui laisser toutes les facilités d'aller voler chez le voisin.
Si Adeline voulait éviter un scandale auquel son nom serait mêlé et qui compromettrait le Grand I, il ne voulait pas cependant que le prince allât continuer son industrie dans les autres cercles de Paris.
—Il est bien entendu, dit-il, que nous n'accorderons pas l'impunité au prince de Heinick, et que nous ne nous contenterons pas de lui écrire une lettre banale pour lui interdire l'entrée de notre cercle; il faut qu'il quitte Paris et la France.
—Qu'il aille exercer son industrie dans son pays, dit Bunou-Bunou, je n'y vois pas d'inconvénient, au contraire.