Léon ne se le fit pas dire deux fois; peu à peu il avait reculé vers la porte, il l'entr'ouvrit et se faufila dehors.
—Voilà! dit Dantin, mille francs, offerts pour substituer un jeu de cartes à un autre et la tête tourne.
Adeline et Bunou-Bunou tinrent conseil pour savoir comment ils procéderaient avec le prince, et il fut décidé qu'on attendrait son arrivée le lendemain, et qu'au lieu de le laisser entrer dans la salle du baccara, on le prierait de passer dans le cabinet du président.
—Vous vous trouverez là, dit Adeline à Dantin, et vous préciserez la tricherie, si le prince essaye de la contester.
Dantin allait se retirer, Adeline le retint:
—Nous vous devons des remerciements, dit-il, pour le service que vous nous avez rendu; nous vous devons aussi des excuses, car, je l'avoue à un certain moment nous avons douté de vous. Le préfet saura combien vous nous avez été utile en cette misérable affaire.
Quand Dantin arriva le soir à onze heures au Grand I, il remarqua qu'on le regardait d'une façon bizarre et qui lui parut soupçonneuse. En effet, les conciliabules dans le bureau du président, la disparition des cartes qui avaient servi à la banque du prince de Heinick, enfin l'absence inexpliquée de Léon avaient fait travailler les langues: ce n'est pas dans un cercle qu'on attend les coups du sort avec l'impassibilité d'une conscience tranquille. Cependant personne ne lui adressa la parole, pas même Frédéric qui causait avec Barthelasse, car Adeline vint au-devant de lui.
—Voulez-vous m'attendre dans mon cabinet? dit celui-ci, vous y trouverez M. Bunou-Bunou; je vous rejoins tout à l'heure.
En effet, Adeline ne tarda pas à arriver, accompagné du prince, qu'il fit passer devant lui poliment.
—Vous désirez me parler? demanda le prince avec une hauteur dédaigneuse.