Salzman était un grand gaillard d'Américain maigre, comme s'il était desséché dans l'alcool, qui, du haut de son fauteuil de banquier, paraissait plus grand encore; il essaya d'asséner à cet insolent un regard de défi, mais l'insolent, bien que tout petit et chétif; ne se laissa pas intimider, il soutint ce regard et lui répondit.
—Est-ce une querelle que vous me cherchez? demanda Salzman.
—Est-ce chercher une querelle que d'user de son droit?
—Messieurs, messieurs! dit Adeline en intervenant vivement.
—Ne craignez rien, mon cher président, dit Salzman, je cède la place à monsieur.
D'un air de dignité hautaine qui n'était pas précisément en accord avec ses paroles, il se leva de son fauteuil.
—Comme cela, l'affaire n'aura pas de suite, dit le joueur, qui décidément ne perdait pas la tête.
Tout à l'algarade qui venait de se produire et à laquelle il avait coupé court par son intervention, Adeline ne pensa pas immédiatement à ce dernier mot; ce ne fut que plus tard qu'il se le rappela et l'examina.
«L'affaire n'aura pas de suite.»
Que voulait dire cela?—Était-ce simplement le cri de triomphe d'un grincheux, constatant qu'on n'osait pas lui tenir tête? Ou bien n'était-ce pas une allusion à la suite que, lui, Adeline, avait prise quand Salzman avait abandonné sa banque?