Dans ces conditions, il était donc tout naturel qu'Adeline se chargeât de parler à Berthe de la demande de Michel Debs; il avait assez souvent joué le rôle du «notaire» ou de l'«ami de la famille», venant entretenir la «maman» de projets de mariage à propos de Toto ou de Popo, pour remplir ce rôle sérieusement et faire pour de bon le «papa.»

Le lendemain matin, le vent de la nuit était tombé, et quand, à huit heures, le père et la fille montèrent dans la vieille calèche, le ciel était clair, sans nuages, avec des teintes roses et vertes du côté du levant comme on en voit souvent, en novembre, après les grandes pluies d'ouest. Bien que le cocher fût sur son siège, on ne partit pas tout de suite, parce qu'il fallait arrimer le déjeuner dans le coffre de derrière et c'était à quoi s'occupait madame Adeline, aidée de Léonie. Il ne restait pas de domestiques au Thuit pendant l'hiver et, lorsqu'on devait y manger, il fallait emporter les provisions qu'on voulait ajouter aux oeufs frais de la fermière. Enfin le coffre fut fermé.

—Bon voyage!

—A ce soir!

Et de la rue Saint-Etienne la calèche passa dans la rue de l'Hospice pour gagner la côte du Bourgtheroulde; comme le temps était doux, les glaces n'avaient point été fermées; en tournant au coin de la rue du Thuit-Anger, Adeline aperçut Michel Debs qui venait en sens contraire.

—Tiens, qu'est-ce que Michel Debs fait par ici? dit-il.

—Il faut le lui demander, répondit Berthe en riant.

—Ce n'est pas la peine.

On se salua, et pour la première fois, Adeline remarqua qu'il y avait dans le regard de Michel comme dans le mouvement de sa tête et le geste de son bras quelque chose de particulier qui ne ressemblait en rien au salut de tout le monde; comment n'avait-il pas vu cela jusqu'alors?

—Est-ce que Michel Debs savait que nous devions aller au Thuit ce matin? demanda Adeline lorsqu'ils furent passés.