Elle avait trouvé les pantoufles, elle revint à lui, et l'ayant fait asseoir, elle s'agenouilla pour le déchausser.

—Maintenant, raconte, dit-elle, en s'asseyant contre lui sur une petite chaise basse.

—En sortant, j'ai tout de suite mis la conversation sur les faillites, et à ce propos, je lui ai dit les choses les plus éloquentes sur l'infamie des commerçants qui font faillite tranquillement pour ne pas payer leurs dettes, alors que nous, gens du monde, nous nous brûlons la cervelle. Le sujet prêtait, j'ai démanché là-dessus.

—Et notre homme?

—Tu ne devinerais jamais ce qu'il m'a répondu: il s'est mis à m'expliquer qu'on ne faisait pas faillite tranquillement, qu'il n'y avait pas de plus grande douleur pour un commerçant, etc., etc. Alors voyant ça, je me suis retourné et j'ai dit comme lui,—le contraire de ce que je disais.

—Es-tu gentil?

Elle lui baisa la main.

—J'ai compris cette douleur, je l'ai partagée. Quel drame que celui qui se joue dans le crâne d'un commerçant faisant ses additions! Quelle situation! J'avais mon pont. Une faillite en entraîne dix autres, et, par le fait d'un seul commerçant, dix autres sont menacés, alors même qu'ils sont les plus solides. Tu vois la scène sans que je te la file. C'est à ce moment que j'ai mis à profit les leçons de Barthelasse et que je me suis rappelé l'exemple de ce vieux coquin, qui, sans avoir jamais prêté un sou à personne, a passé sa vie à offrir tout ce qu'il possède à tout le monde. Je n'ai pas offert tout ce que je possède à notre homme, c'eût été trop.

—Tu es adorable.

—...Mais j'ai été heureux de mettre à sa disposition une cinquantaine de mille francs... et même plus s'il en avait besoin.