Raphaëlle voulait des noms chics.

Frédéric voulait des noms sérieux.

Mais, malgré cette divergence, ils ne se querellaient point là-dessus; en bons associés qu'ils étaient, ils se faisaient des concessions.

—Mêlons les noms chics aux noms sérieux.

Et constamment ils faisaient cette salade, mais en l'épluchant sévèrement: on n'était jamais assez chic pour Frédéric, et pour Raphaëlle on n'était jamais assez sérieux,—au moins en théorie, car dans la pratique, c'est-à-dire au moment où s'agitait la question de savoir s'ils pourraient avoir réellement ces noms sur leur liste, ils étaient bien obligés d'abaisser leurs prétentions et de se faire mutuellement des concessions.

—Il est vrai qu'il n'est pas très chic, mais à la rigueur il peut passer.

—Je t'accorde qu'il n'est pas trop sérieux, mais, si nous sommes trop difficiles, nous finirons par n'avoir personne.

Chez Raphaëlle, cette composition de sa liste était une véritable obsession, elle en rêvait, et plus d'une fois le matin elle avait réveillé Frédéric pour l'entretenir des idées qui lui étaient venues dans la nuit.

—Tu ne dors pas, chéri?

—Si, je dors.