—Eh bien! vous resteriez dans ce cabinet, je passerais dans ma chambre, je me coucherais et vous me donneriez une autre tasse d'infusion. Quand je serai dans mon lit, il est certain que je me réchaufferai tout de suite; d'ailleurs, quand j'éprouve des crises de ce genre, il n'y a que le lit qui me guérit.

—Et vous ne le disiez pas, couchez-vous donc bien vite.

Elle passa dans sa chambre tandis qu'il restait dans le cabinet de toilette, préparant une nouvelle tasse d'infusion.

Au bout de quelques instants elle l'appela; il entra et il la trouva dans le lit pelotonnée jusqu'au cou dans les draps; elle continuait à trembler; il lui présenta l'infusion; alors elle se souleva à demi pour boire; elle avait revêtu une chemise de nuit bordée de dentelles, et il était impossible d'avoir une attitude plus chaste et plus pudique que la sienne.

—Maintenant, dit-elle en lui tendant la tasse, il faut vous en aller; je ne veux pas que vous passiez la nuit ici; vous n'aurez qu'à tirer la porte, elle se fermera seule; merci, cher monsieur, je n'oublierai jamais vos bons soins et votre complaisance. Bonsoir et merci.

Plaçant son bras sous sa tête, elle ferma les yeux pour dormir: sa pose était pleine de grâce et d'abandon; le cou caché dans les dentelles, sa tête brune encadrée dans la blancheur de l'oreiller, la main pendante, elle était vraiment ravissante ainsi sous la faible lumière de la bougie.

Assis à une assez grande distance d'elle et accoudé sur une table, Léon se demandait si toutes les histoires qu'il avait entendu conter sur elle pouvaient être vraies: en tout cas, il était impossible d'être plus simple et meilleure fille ... et jolie avec cela, mieux que jolie, charmante.

Sans doute elle voulait dormir, mais cependant elle ne s'endormit point: à chaque instant elle se tournait, se retournait et changeait de position.

—Vous ne dormez pas, dit-il, en s'approchant du lit.

—Non, je ne peux pas, quand je ferme les yeux, je vois ces deux hommes tomber là devant moi.