—Il était temps.
—Il n'était pas trop tard, tu vois. Pour commencer nos changements, qui iront du haut en bas de l'échelle, tu renverras demain Françoise; elle nous a fait l'autre jour un dîner que Léon a trouvé exécrable, et comme il mangera ici souvent, je veux que ce soit avec plaisir. Tu auras soin de me choisir un vrai cordon bleu, Léon est sensible aux satisfactions que donne la table. J'étudierai son goût; il me faut quelqu'un qui soit en état non-seulement de le contenter, mais, ce qui est autrement important, de lui donner des idées. Tu payeras à Françoise ses huit jours.
—Sois tranquille, je n'aurai pas de peine à la renvoyer, elle ne demande que cela.
—De quoi se plaint-elle?
—De tout, du vin qu'on prend à mesure et au litre, du charbon qu'on achète au sac plombé, mais principalement de la viande que tu veux qu'on aille chercher à la Halle en ne prenant que celle de basse qualité.
—Il faudrait la nourrir avec des morceaux de choix peut-être; moi j'ai dîné pendant trois ans avec les restes que j'achetais aux garçons de salle des Invalides pour deux sous.
—Elle aurait voulu gagner sur tout; l'autre jour je l'entendais dire à la concierge: «Il n'y a rien à faire ici, madame est trop bonne pour sa famille, elle veut qu'on lui donne les restes.»
—Pardi; et ni mon oncle ni ma tante ne font les difficiles, ils ne se plaignent pas que la viande est de basse qualité. Tu me débarrasseras donc de Françoise.
—Celle qui la remplacera sera peut-être aussi difficile qu'elle; une cuisinière économe ne se trouve pas du premier coup.
—On ne fera plus d'économie, sans rien gaspiller on prendra le meilleur; tu veilleras à cela. Mais assez pour aujourd'hui, il se fait tard.