C'était Favas qui depuis vingt ans était son avocat; il fut d'avis, lui aussi, qu'il fallait agir au plus vite.

—Je connais la femme, dit-il, en quelques mois elle fera contracter à votre fils pour plus d'un million de dettes, et ce qu'il y aura d'admirable dans son jeu, c'est qu'elle ne lui aura rien demandé. Il faut l'arrêter dans ses manoeuvres. Pour cela la loi met à votre disposition un moyen bien simple: un conseil judiciaire, sans lequel votre fils ne pourra plaider, transiger, emprunter.

À ces mots, M. Haupois-Daguillon se récria: mon fils pourvu d'un conseil judiciaire, presque interdit, quelle tache sur son nom!

—Voulez-vous que votre fils dissipe dès maintenant la fortune que vous lui laisserez un jour? continua Favas. Non, n'est-ce pas? Eh bien! vous ne pouvez recourir qu'au conseil judiciaire. Voulez-vous, je ne dis pas qu'il quitte cette femme, cela est sans doute impossible, mais qu'il soit quitté par elle, le conseil judiciaire vous en donne encore le moyen. Croyez-vous qu'elle gardera un amant qui ne pourra plus emprunter et qui n'aura que de l'amour à lui offrir? Non. Le conseil judiciaire, malgré ses inconvénients, est la seule voie que vous puissiez suivre; c'est celle que je vous conseille; ce serait celle que je prendrais si j'étais à votre place.

Il n'y eut pas d'explication entre le père et le fils, il ne fut même pas question entre eux du billet de dix mille francs qui avait été payé; mais un matin comme Léon rentrait chez lui, le vieux Jacques, le valet de chambre de ses parents, lui apporta une liasse de papiers timbrés, qu'un huissier, dit-il, lui avait remis la veille, et qu'il avait cachés pour que personne ne les vît.

Resté seul, Léon, bien surpris, ouvrit ces papiers: le premier était la copie d'une requête au président du tribunal de première instance de la Seine tendant à la nomination d'un conseil judiciaire à la personne de Léon-Charles Haupois;—le second était un avis du conseil de famille réuni sous la présidence de M. le juge de paix du premier arrondissement de la ville de Paris, disant qu'il y avait lieu de poursuivre la nomination de ce conseil judiciaire;—enfin, le troisième était un jugement ordonnant qu'il devrait comparaître le surlendemain en la chambre du conseil pour y être interrogé.

Il resta abasourdi: il avait cru à des explications plus ou moins vives avec son père et sa mère, mais non à ce coup droit.

Que devait-il faire?

L'habitude, plus que la volonté, le porta au boulevard Malesherbes, et, arrivé devant la maison de Cara, il ne voulut point passer devant cette porte sans monter un instant: ne serait-ce que pour prévenir Cara qu'il ne rentrerait peut-être pas à l'heure convenue.

À ce mot, Cara leva les yeux sur lui et l'examina, surprise de son air sombre; il ne lui fallut pas longtemps pour deviner qu'il venait de se passer quelque chose de grave, et, cela constaté, il ne lui fallut pas longtemps pour obtenir une confession complète.