IV

Le train marchant à grande vitesse avait dépassé Poissy et ces stations qui sont sans nom pour les express; Léon, le front appuyé contre la vitre, regardait machinalement et sans les voir les coteaux boisés devant lesquels il défilait.

La lecture entière de cette lettre ne l'avait pas tiré de la stupéfaction dans laquelle l'avaient jeté ses premières lignes; et son esprit était emporté dans un tourbillon comme il était emporté lui-même dans l'espace.

Mais si extraordinaire, si inimaginable que fût cette résolution de suicide chez un homme tel que son oncle, il fallait bien cependant s'habituer à la considérer comme réelle:—«Demain tout sera fini pour moi.»

Le seul point sur lequel l'espérance était encore possible était celui qui avait rapport au moment où ce suicide s'accomplirait; à l'heure présente, neuf heures quarante minutes, était-il ou n'était-il pas accompli? Tout était là?

Après quelques instants de douloureuse réflexion, il se dit que dans dix minutes, le train allait s'arrêter à Mantes, où se trouve un bureau télégraphique, et qu'il fallait saisir cette occasion pour envoyer une dépêche à Madeleine.

Il avait dans son sac papier, plume et encre; sans perdre une minute, il se mit aussitôt à rédiger sa dépêche:

Mademoiselle Madeleine Haupois,
maison Exupère Héroult.
Saint-Aubin-sur-Mer, par Bernières.
(Avec exprès).

«Je viens de voir un médecin de Rouen qui me dit qu'il est dangereux de laisser mon oncle sortir seul; veille sur lui; ne le quitte pas; je serai près de vous vers quatre heures de soir.

«LÉON HAUPOIS.»