Qu'avait-elle à demander de plus?—Il l'avait retenue.


XXVII

Elle n'était pas femme à s'endormir dans le succès et à attendre patiemment que Léon fût disposé à réaliser l'engagement tacite qu'elle avait eu tant de peine à lui arracher.

Il pouvait réfléchir lorsqu'il serait de sang-froid et revenir alors sur cet engagement.

D'autre part il y avait à craindre que ses parents n'intervinssent auprès de lui, soit en accourant eux-mêmes d'Amérique, soit en faisant agir un homme d'affaires habile, et qu'ils n'arrivassent ainsi à changer sa résolution, qui n'était pas assez ferme pour qu'on pût avoir pleine confiance en elle.

Dans ces circonstances, le mieux était donc de ne pas perdre une minute et de faire célébrer aussi promptement que possible le mariage religieux.

Elle savait que les mariages de ce genre se font facilement et rapidement en Amérique, mais elle ignorait en quoi consistaient au juste cette facilité et cette rapidité. On lui avait dit que l'acte de naissance et l'acte de baptême étaient les seules pièces qu'on exigeait; cela était-il vrai? Était-il vrai aussi que les délais entre la demande et la célébration étaient insignifiants? Elle voulait mieux que des on-dit plus ou moins vagues; c'était des certitudes qu'il lui fallait.

Le lendemain matin, alors que Léon était encore au lit, elle sortit «pour aller remercier le bon Dieu; son absence ne serait que de quelques minutes, le temps d'aller à l'église la plus voisine, et elle revenait».

Ce fut en effet à l'église catholique la plus rapprochée qu'elle se fit conduire; mais, au lieu de remercier le bon Dieu, elle entra à la sacristie et demanda si elle pouvait parler à un prêtre qui fût Français ou qui entendît le français. À ces mots, un prêtre qui arrangeait des surplis dans un tiroir lui répondit avec un accent étranger très-prononcé qu'il était à sa disposition.