—Comment, tu as pensé à l'anniversaire de sa naissance! dit-elle d'un ton heureux et avec l'accent de la gratitude.
—Non, dit-il, je dois avouer que ce n'est pas pour cet anniversaire que je suis ici; j'ai quitté Paris parce que j'étais malheureux, et je suis venu à Saint-Aubin parce que j'avais besoin de penser à toi et de revoir le pays où nous avions vécu ensemble pendant huit jours.
Il dit ces dernières paroles comme si elles lui étaient arrachées par une force à laquelle il ne pouvait résister, puis, mettant le bras de Madeleine sous le sien, ils sortirent du cimetière.
Ils se dirigèrent du côté de la mer, et jusqu'à ce qu'ils fussent descendus sur la grève déserte, Léon ne parla que de choses insignifiantes, là seulement il revint au sujet qu'il avait abordé dans le cimetière:
—Sais-tu que ton arrivée ici est vraiment providentielle pour moi? dit-il; elle va me permettre de ne pas rentrer à Paris.
—Tu veux ne pas revenir à Paris?
—Chère Madeleine, je suis dans une situation horrible; follement, par chagrin, je me suis jeté dans une liaison honteuse, et plus follement encore je me suis laissé entraîné à un mariage, qui, pour être nul légalement, n'en fera pas moins le désespoir de ma vie. Cette liaison, je veux la rompre, comme je ne veux jamais revoir celle qui m'a poussé à cette folie. Pour cela, j'ai pris le parti de quitter la France et de me cacher en Amérique. Seulement, il faut que tu saches que je suis sans ressources et que, pourvu d'un conseil judiciaire, je ne puis pas emprunter. Or, m'en aller en Amérique sans rien, c'est m'exposer à mourir de faim. Veux-tu m'aider à aller en Amérique, et à y gagner ma vie en me prêtant l'argent nécessaire à cela? Cela est étrange, n'est-ce pas, que moi, héritier de la maison Haupois-Daguillon, j'emprunte quelques milliers de francs à une pauvre fille comme toi; enfin, c'est ainsi; ta pauvreté te permet elle de me prêter; de me donner ce que je demande à ton amitié, à notre parenté?
—Je le pourrais, mais je ne le veux pas, car je ne peux pas t'aider à partir.
—Il faut que je parte, cependant.
—Pourquoi partir si tu sens, si tu es sûr que cette rupture est irrévocable?