Impatientée d'attendre, madame Haupois entreprit le voyage de Rome, et, se jetant aux pieds du pape, elle lui expliqua avec l'éloquence d'une mère comment son fils avait été marié. Elle obtint alors qu'une enquête serait ouverte à l'archevêché de Paris, conformément à la bulle de Benoit XIV (Dei miseratione) et que le résultat en serait transmis à la sacrée congrégation du concile qui examinerait la validité de ce mariage.

Ce fut devant ce tribunal de l'officialité diocésaine que comparurent Léon et Cara, M. et madame Haupois, Byasson et tous ceux qui avaient eu connaissance des faits se rapportant à ce mariage; malgré l'habileté de sa défense, Cara fut convaincue de n'avoir été en Amérique que pour éluder la loi canonique et d'avoir trompé l'abbé O'Connor. Comme il fallait innocenter celui-ci de la légèreté avec laquelle il avait célébré ce mariage, elle fut chargée de toute la responsabilité, et la nullité fut prononcée.

Aussitôt les publications légales furent faites à Noiseau et à Paris, et tout se prépara pour le mariage de Léon et de Madeleine.

Bien que Cara eût paru subir les conditions qui lui avaient été imposées par Byasson, celui n'était pas sans crainte pour le jour de la cérémonie. Comment l'empêcher d'entrer à l'église, et au pied de l'autel de se jeter entre Léon et Madeleine.

Elle était parfaitement capable de jouer cette scène mélodramatique, et le souvenir de son discours devant le tribunal lors du procès engagé à propos du testament du duc de Carami prouvait que dans certaines circonstances elle pouvait très-bien préférer la vengeance à l'intérêt.

La peur de ce scandale détermina Byasson à aller voir l'ami qu'il avait à la préfecture de police, de sorte que l'on remarqua pendant la cérémonie à l'église et à la mairie, plusieurs invités à l'air martial, paraissant assez mal à l'aise dans leurs gants et que personne ne connaissait.

Rien ne troubla cette double cérémonie, ni le dîner, ni le bal qui eut lieu sous une tente dressée dans la cour d'honneur du château de Noiseau.

De tous les amis de la famille, Byasson seul manqua à cette soirée; il quitta Noiseau après le dîner, et à dix heures, il arrivait rue Auber, portant dans ses poches trois cent mille francs.

Cara l'attendait; elle reçut les billets et les compta avec un calme parfait:

—Maintenant, dit-elle, nous avons une dernière affaire à traiter: combien m'achetez-vous les trente-trois lettres que voici: elles sont de Léon, très-tendres, quelquefois passionnées, d'autres fois légères, et si j'en envoie une chaque jour à madame Haupois jeune, je crois que celle-ci passera une assez vilaine lune de miel.