—L'ombre a pu vous tromper.
—Je vous en prie! s'écria Madeleine.
Pécune s'avança:
—Voyez-vous, mamzelle, dit-il, il ne faut pas croire que c'est par désespérance que nous vous disons ça; seulement nous connaissons la mer, vous pensez bien; il y a un courant infernal par cette grande marée.
—Précisément, interrompit Léon, c'est ce courant qui nous oblige à persévérer; il peut avoir entraîné le corps plus loin que là où vos recherches se sont arrêtées.
Une nouvelle discussion s'engagea entre les pêcheurs, chacun émit son avis, mais sans rien affirmer, d'une façon dubitative et comme si l'on raisonnait en théorie; en réalité, tous semblaient convaincus que pour le moment de nouvelles recherches était entièrement inutiles.
Ce qui, depuis plusieurs heures, soutenait Madeleine, c'était l'espérance, c'était la croyance qu'elle allait retrouver son père. Dans son désespoir, c'était là pour elle une sorte de consolation, au moins c'était une occupation pour son esprit. Se détachant du passé, sa pensée se portait sur l'avenir; ce n'était pas le vide pour son coeur, et c'est là un point capital dans la douleur.
En écoutant cette discussion et en voyant les pêcheurs disposés à abandonner toutes recherches, elle eut un moment de défaillance et elle s'affaissa contre l'épaule de Léon; mais presque aussitôt elle réagit contre cette faiblesse, et relevant la tête:
—Messieurs, dit-elle d'une voix entrecoupée, encore un peu de courage, je vous en supplie.
L'appel était si déchirant qu'il toucha ces rudes natures.