—Je ne dis rien pour que tu n'insistes pas, mais pour cela seulement.

—Maintenant il me reste à parler d'un membre de notre famille avec qui tu n'as pas besoin de te mettre en frais, je veux parler de Camille. Il n'est même pas à souhaiter que tu fasses sa conquête.

—Et pourquoi donc ne veux-tu pas que je sois aimable avec elle?

—Parce qu'elle voudrait te marier.

Elle ne put retenir un mouvement de répulsion.

—Tu ne sais pas comme cette manie matrimoniale a fait de progrès en elle, depuis qu'elle est mariée; elle a toujours à offrir une collection de jeunes gens et de jeunes filles, portant tous, bien entendu, les plus beaux noms de la noblesse française ou étrangère, car elle n'a pas de préjugés patriotiques.

—Malheureusement pour Camille, il n'y a pas de maris pour les filles pauvres.

—Tu crois cela, petite cousine, tu as tort, il ne faut pas être si pessimiste: il y a, tu peux m'en croire, des hommes qui cherchent dans une femme autre chose que la fortune, et qui se laissent toucher par la beauté, par la grâce, par les qualités de l'esprit et de l'âme....

Il avait prononcé ces paroles avec élan, il s'arrêta, et reprenant le ton enjoué:

—Comme dans la collection de Camille il peut y avoir des hommes ainsi faits, je ne veux pas qu'elle te les propose, car je me réserve de te marier....