—Alors, mon enfant, permets-moi de te dire que je te trouve bien hautaine avec lui.

—Hautaine!

—Dure, si tu aimes mieux, raide et cassante. Saffroy, tu le sais, est notre ami bien plus que notre employé; il a toute notre confiance. Et j'ajoute qu'il la mérite pleinement sous tous les rapports, il mérite d'être aimé; jeune, beau garçon, intelligent, instruit, il rendra heureuse la femme qu'il épousera et il lui donnera une belle position dans le monde.

Disant cela elle regarda Madeleine avec attention, l'enveloppant entièrement d'un coup d'oeil profond.

Puis, après un moment de réflexion, elle continua:

—Puisque nous avons parlé de Saffroy, il convient d'aller jusqu'au bout, dit-elle.

Et, lui prenant les deux mains, elle l'attira vers elle, de manière à la bien tenir sous ses yeux:

—Tu n'as pas oublié que nous t'avons dit que tu serais notre fille. Ce rôle que nous voulons prendre dans ta vie nous impose des obligations sérieuses; la première et la plus importante est de penser à ton avenir, c'est-à-dire à ton mariage.

—Mais ma tante....

—Pour une jeune fille toute l'existence n'est-elle pas dans le mariage? Tu veux me dire sans doute que ce n'est point en ce moment que tu peux songer au mariage. Nous partageons ton sentiment. Mais nous serions coupables, tu en conviendras, si nous n'avions souci que de l'heure présente; nous devons nous préoccuper du lendemain, et c'est ce que nous faisons.