—Je suis désolé.
—Son nom; ne l'avez-vous pas appris?
—Si, mais je ne vous le dirai, que si vous me pardonnez de vous avoir manqué de parole hier.
—Je vous pardonne dix fois, cent fois, autant que vous voudrez.
—Hé bien, cher ami, je ne veux pas vous faire languir: connaissez-vous le général Martory?
—Non.
—Vous n'avez jamais entendu parler de Martory, qui a commandé en Algérie pendant les premières années de l'occupation française?
—Je connais le nom, mais je ne connais pas la personne.
—Votre princesse est la fille du général; de son petit nom elle s'appelle Clotilde; elle demeure avec son père à Cassis, un petit port à cinq lieues d'ici, avant d'arriver à la Ciotat. Elle est en ce moment à Marseille, chez un parent, M. Lieutaud, employé à la mairie; M. Lieutaud avait été invité comme fonctionnaire, et mademoiselle Clotilde Martory a accompagné sa cousine. J'espère que voilà des renseignements précis; maintenant, cher ami, si vous en voulez d'autres, interrogez, je suis à votre disposition; je connais le général, je puis vous dire sur son compte tout ce que je sais. Et comme c'est un personnage assez original, cela vous amusera peut-être.
Marius Bédarrides, qui est un excellent garçon, serviable et dévoué, a un défaut ordinairement assez fatigant pour ses amis; il est bavard et il passe son temps à faire des cancans; il faut qu'il sache ce que font les gens les plus insignifiants, et aussitôt qu'il l'a appris, il va partout le racontant; mais dans les circonstances où je me trouvais, ce défaut devenait pour moi une qualité et une bonne fortune. Je n'eus qu'à lui lâcher la bride, il partit au galop.