Je commençai par l'Observatoire et l'accueil qu'on me fit n'était pas de nature à m'encourager à persister dans l'accomplissement de ma mission.
La personne que j'allais chercher habite une de ces maisons assez nombreuses dans ce quartier qui participent à la fois de la maison de santé, de l'hôtel meublé et du couvent. Elle me reçut tout d'abord avec une grande affabilité et me parla de mon père en termes sympathiques, mais quand je lui tendis la liasse de papiers qui portait son nom, elle changea brusquement de physionomie, l'affabilité fut remplacée par la dureté, le calme par l'inquiétude.
—Comment, dit-elle, en me prenant vivement la liasse des mains, c'est pour me remettre ces lettres insignifiantes que vous vous êtes exposé à parcourir Paris un jour de révolution?
—Mon père m'avait chargé de remettre ce paquet entre vos mains, et comme je pars ce soir pour rejoindre mon régiment, je ne pouvais pas choisir un autre jour. Au reste je n'ai couru aucun danger.
—Vous avez couru celui d'être arrêté, fouillé, et bien que ces lettres n'aient aucune importance....
—J'ai cru, à la façon dont mon père me les recommandait, qu'elles avaient un intérêt pour vous.
—Aucun; cependant, en ces temps de révolution, il eût été mauvais qu'elles tombassent aux mains de personnes étrangères qui eussent pu les interpréter faussement.
Bien que ces lettres n'eussent aucun intérêt, aucune importance comme on me le disait, on les comptait cependant attentivement et on les examinait.
—Il eût fallu que je fusse tué, dis-je avec une certaine raideur.
—Ou simplement arrêté, et les deux étaient possibles, cher monsieur; tandis qu'en gardant ces papiers chez vous, vous supprimiez tout danger, surtout en déchirant l'enveloppe qui porte mon nom. Monsieur votre père était assurément un homme auquel on pouvait se fier en toute confiance, mais peut-être portait-il la précaution jusqu'à l'extrême.