Cet incident, bien ordinaire cependant, avait mis la confusion dans la batterie; on entendait les commandements, les jurons et les coups de fouet qui se mêlaient dans une inextricable confusion.

—Ils sont soûls comme des grives, dit une voix dans la foule.

Et de fait, plusieurs hommes chancelaient sur leurs chevaux; tous avaient la figure allumée et les yeux brillants.

Pendant que j'attendais que le passage fût devenu libre, j'aperçus dans la foule un de mes anciens camarades de classe; il me reconnut en même temps et s'approcha de moi.

—En bourgeois, dit-il, tu n'es pas avec ces gens-là, tu me fais plaisir; alors tu viens voir cette mascarade militaire. Quelle grotesque comédie! ça va finir dans des sifflets comme la descente de la Courtille; c'est aussi ridicule que Boulogne et ce n'est pas peu dire.

—Tu crois?

—Tu vois bien que tout cela n'est pas sérieux; la foule n'est là que pour blaguer les soldats qui se sauveraient honteusement si on ne les avait pas soûlés.

—Je suis beaucoup moins rassuré que toi; tu n'as donc pas lu la proclamation du préfet de police?

—Ça, c'est une autre comédie, c'est ce qu'on peut appeler la blague de la proclamation; hier, Saint-Arnaud qui veut qu'on fusille les prisonniers; aujourd'hui, Maupas qui veut qu'on fusille les passants; demain, nous aurons Morny qui nous menacera de quelque autre folie. Ce sont les fantoches de l'intimidation. Il faut bien que ces gens-là gagnent les vingt millions qu'ils ont fait prendre à la Banque et qu'ils se sont partagés: leur coup d'État n'a pas eu d'autre but; maintenant qu'ils ont l'argent, ils vont filer avec la caisse.

Et comme je me récriais contre ce scepticisme: