—Qu'est-ce que cet homme-là? demande un sergent.
—Un bourgeois qui s'est sauvé.
—C'est bon, emmenez-le.
Cela prenait une mauvaise tournure, et avec ces soldats ivres je n'étais nullement rassuré.
—Et où voulez-vous qu'on me mène? dis-je au sergent.
Le sergent me regarda d'un air hébété et haussa les épaules sans daigner me répondre.
—Allons, marche, dit le caporal.
Et il me reprit durement au collet, tandis que ses hommes me poussaient en avant.
Je ne sais ce que doit éprouver un honnête bourgeois en butte aux brutalités de soldats ivres. Je n'avais du bourgeois que le costume. En me sentant tiré par le bras et en recevant un coup de crosse dans le dos, je perdis le sentiment de la prudence et redevins officier; un coup de poing me débarrassa du caporal et un coup de pied envoya rouler à terre le grenadier qui me tirait par le bras. Les deux soldats qui restaient debout croisèrent la baïonnette et marchèrent sur moi. Si peu solides qu'ils fussent sur leurs jambes, ils avaient au moins des armes terribles aux mains, je reculai jusque sous la lanterne du gaz.
Ce brouhaha attira l'attention d'un officier, il arrêta les soldats qui m'ajustaient et s'approcha de moi.