—Votre démission! Perdez-vous la tête, capitaine?
—Malheureusement non, car je ne souffrirais plus.
—Votre démission, vous qui serez chef d'escadron avant deux ans; vous qui êtes estimé de vos chefs; votre démission en face de l'avenir qui s'ouvre devant vous, ce serait de la folie. Vous n'aimez donc plus l'armée?
—Hélas! l'armée n'est plus pour moi, aujourd'hui, ce qu'elle était hier.
—Il fallait rester à Paris alors, et laisser passer les événements.
—Non; car c'eût été une lâcheté de conscience; jamais je ne me mettrai à l'abri d'une responsabilité en me cachant. Et c'est pour cela que j'avais si grande hâte de revenir. Je prévoyais que j'aurais une lutte terrible à soutenir, mais je ne prévoyais pas ce qui arrive.
—Et, qu'espériez-vous donc? Pensiez-vous que, seul dans toute l'armée, mon régiment se révolterait contre les ordres qu'il recevait?
—Ne me demandez pas ce que je pensais ni ce que j'espérais, colonel: je serais aussi embarrassé pour l'expliquer que mal à l'aise pour vous le dire. Mais enfin je ne pensais pas être obligé de commander le feu contre des gens qui ont pour eux le droit et l'honneur.
—Et qui parle de commander le feu? s'écria le colonel, puisque c'est là précisément ce que je vous demande de ne pas faire. Je sais très-bien que parmi ceux que nous sommes exposés à trouver devant nous il y en a qui sont excités par ces idées de droit et d'honneur dont vous parlez; mais combien d'autres, au contraire, obéissent à leurs mauvais instincts, au meurtre, au vol, au pillage? Tout ce monde, bons et mauvais, doit rentrer dans l'ordre. Mais, dans cette action répressive, il ne faut pas que les bons et les mauvais soient confondus; en un mot, il ne faut pas sabrer à tort et à travers. C'est une mission de justice et d'humanité que je vous confie; parce que de tous mes officiers vous êtes celui que je juge le plus apte à la remplir. Je suis surpris, je suis peiné que vous ne me compreniez pas. Allons, capitaine; allons, mon enfant.
Mes hésitations et mes scrupules fléchirent enfin.